vendredi 30 décembre 2016

2016 qui s'achève


2016 qui s’achève avec un goût de « je-ne-l’ai-pas-vue-passer ».

Lectures de l’année (dans le désordre le plus complet)
Le Royaume, Emmanuel Carrère. Excellente lecture. Il s'agit du Royaume de Dieu bien entendu, dans les Evangiles. On apprend plein de choses, pour commencer, et puis on suit le cheminement de l’esprit de l’auteur qui a un style remarquable, rempli d’humour avec sans cesse des références culturelles et cinématographiques. On ne s’ennuie pas un seul instant. Et pour ceux qui se posent d’entrée la question : « Où veut en venir l’auteur ? », vous avez la réponse dans les quatre derniers mots du livre (page 605 en version poche). À lire jusqu’à la dernière goutte.
Les dieux voyagent toujours incognito, Laurent Gounelle ; se lit bien. Une histoire qui finit bien (à l’eau de rose, comme le Lévy ci-dessous). Et au passage, quelques préceptes de vie pour ne plus être une « victime ». (prêté par ma fille Bé.)
Elle et lui, Marc Levy (prêté par ma fille Bé.) Ca se lit vraiment bien, comme tous les « Lévy », et l’histoire est charmante, à « l’eau de rose ». Pour se vider l’esprit, une lecture idéale. Quelques préceptes de vie aussi, mais un peu trop « balancés » en vrac (de mon point de vue).
Jésus de Nazareth, juif de Galilée, Didier Long ; je l’avais déjà commencé mais pas terminé. J’ai repris la lecture depuis le début. Intéressant du point de vue des références historiques et contextuelles mais la vie de Jésus est un peu noyée dans (à mon goût) trop d’informations. J’y ai tout de même appris plein de choses sur cette époque, notamment que les prodiges – attestés par des historiens de l’époque – y étaient chose assez courante et qu’on s’en étonnait beaucoup moins qu’aujourd’hui où on a pris l’habitude de couper les cheveux en quatre.
Les familles d’âmes, Marie Lise Labonté (deuxième lecture en 12 ans mais j’ai moins bien accroché qu’à la première)
Selected Short Stories, D.H. Lawrence (commencé mais pas encore terminé)
En relisant les évangiles, Arnaud Desjardins (troisième lecture au moins depuis que je l’ai découvert (1998)) ; un livre qui m’a reboostée dans ma quête de spiritualité et conduite à lire pratiquement tous les ouvrages de l’auteur ainsi que bien d’autres livres sur les religions, la méditation, la quête de sens et le zen.
Le Grand Arcane des Rois, Jean d’Aillon (dernier ouvrage pour le moment disponible en version papier de la série La Vie de Louis Fronsac – que j’ai tous lus en version papier). Les histoires de Louis Fronsac se passent à Paris et en Provence au 17ème siècle. C’est une mine d’or d’informations sur la vie, les mœurs, les coutumes de cette époque, et les faits historiques sont réels. Je classerais plus volontiers les ouvrages de Jean d’Aillon dans « Romans historiques » mais on les trouve en librairie au rayon des énigmes policières.  http://autourdejeandaillon.blogspot.fr/p/louis-fronsac.html

Il me semble avoir lu plus de livres que cela mais pour le moment c’est tout ce que ma mémoire me restitue.
J’ai écrit (un peu), dessiné (un peu), mais pas autant que je l’aurais pu ou voulu. Alors, est-ce que 2017 sera un meilleur cru que 2016 ? Je me souhaite (et je vous souhaite) de l’inspiration, de la créativité, un cœur d’enfant toujours prêt à s’émerveiller et à passer à autre chose pour ne pas ruminer les agacements ou contrariétés et bien entendu la santé la meilleure qui soit. Le tout avec un petit coup de pouce de la chance pour l’aspect matériel de tous ceux et toutes celles qui en ont besoin.

dimanche 25 décembre 2016

Joyeux Noël

Je l'avais peinte à l'entrée de l'année 2012 et je l'ai réactualisée pour l'année qui vient.
Même si elle annonce les voeux pour la nouvelle année, il est évident qu'elle est le message de Noël.
Joyeux Noël à tous et toutes et meilleurs voeux à l'avance pour l'année 2017.

mardi 20 décembre 2016

Semblable et différent

Ce matin, encore quelques nounours, toujours d'après le nounours Carrefour (voir l'article d'hier "Au delà des mots"). Tendresse quand tu nous tiens ...
Aucun n'est absolument identique et je ne saurais dire lequel je préfère. Chacun est à la fois semblable et différent et a son petit quelque chose en plus ou en moins, ce qui le rend absolument unique. Un peu comme les individus je pense.


lundi 19 décembre 2016

Au delà des mots

Le dessin qui m'a le plus inspirée de toute l'année c'est celui du nounours Carrefour (voir ici).
Dommage qu'on ne sache pas qui en est l'auteur(e). J'adore...
Je l'ai reproduit encore et encore sur papier Canson, pour moi (ce que cette image suscite en moi), pour mes enfants (tendresse, tendresse). En voici une planche de deux.
Au delà des mots, l'image...

dimanche 13 novembre 2016

Deux petites bougies

Deux petites bougies sur le rebord de ma fenêtre ce soir, pour Marie et Mathias, originaires de Metz, et pour toutes les autres victimes des attentats commis il y a un an jour pour jour, nuit pour nuit. Je n'ai pas de mots pour dire, juste des flammes allumées dans la nuit et un grand silence.
 
Au petit matin - lundi 14 - la flamme de la plus grosse bougie était encore vive. A l'heure où je compléte cet article, elle brûle encore.

vendredi 28 octobre 2016

La page blanche

Qui en tant qu’auteur – reconnu ou amateur – n’a pas connu et parlé de son angoisse de la page blanche ? Elle est là devant vous et vous ne savez pas encore de quel verbiage vous allez la remplir. J’avais d’ailleurs écrit un long poème à ce sujet. Je l’ai toujours mais pour le moment pas envie de le publier. Non, je veux ou plutôt je voudrais autre chose, quelque chose de plus léger, quelque chose qui fasse monter le sourire au visage, jusque dans les yeux et bien sûr sur les lèvres. Il faut dire qu’autrefois - ma phase « poète » (et même « nouvelliste ») - j’étais plus dans les chutes dramatiques, tristes, émouvantes. J’avais alors la plume beaucoup plus facile et je dois admettre qu’il est plus aisé de raconter des choses tristes ou émouvantes, voire des fictions dramatiques, que de trouver des idées pour faire rire ou sourire. Pourtant dans la vraie vie, j’en ai fait des blagues – toujours très innocentes – pour faire rire. Je me souviens encore de quelques-unes d’entre elles et j’en souris encore, là, à l’instant, juste à les évoquer dans ma mémoire. Mais lorsque j’écrivais, c’était le côté « sombre » qui ressortait, les mots qui mettent la larme à l’œil, qui bouleversent.  Sauf que je me suis engagée en ouvrant ce blog à ne pas laisser repartir quelque lecteur que ce soit sans avoir souri ou même franchement rigolé.

Tiens, je vous parlerais bien de ce jour où en sortant de chez moi je lève les yeux vers les maisons qui bordent la rue où j’habite, trottoir d’en face, et où j’aperçois une vieille dame en peignoir sur son balcon, au deuxième étage. Je suis tout émue de la voir, petite chose fragile, avec ses cheveux blancs, sa petite silhouette malingre et courbée, les mains posées sur le rebord de son balcon. L’espace d’un instant j’imagine sa vie, sa solitude, son dénuement. C’est sûr, elle est seule, comme beaucoup de personnes âgées et sans doute elle guette quelque passant en bas sur le trottoir, pour se donner encore l’illusion de la vie, voir du monde, les visites n’étant certainement pas son lot quotidien. Rapidement mes pensées basculent alors vers une autre « petite vieille », silhouette fragile, isolée, malade de surcroît de cette maladie qui a pour nom dépression, et un élan affectueux me lie soudain à ces deux petites vieilles, et à tous les vieillards isolés et souffrant de solitude du  monde entier. Moment fort d’émotion. Larme à l’œil.

Et là, contre toute attente, mon moment d’émotion se transforme en surprise : je vois la petite dame se pencher encore un peu plus sur son balcon et… (non, elle ne va pas sauter) envoyer un énorme crachat sur la jeune fille qui passe à ce moment-là sur le trottoir, sous sa fenêtre.
J’ai revu depuis mes « clichés » sur les « pauvres petites choses frêles et isolées ». Il paraît qu’en vieillissant, ce sont nos caractéristiques les plus dominantes qui se renforcent encore. De personnes généreuses vous devenez « ultra généreuses », de petites pestes vous devenez grandes pestes. La morale de l’histoire c’est qu’il n’y en pas.

samedi 22 octobre 2016

Stream of Consciousness

Je l’ai tellement attendue toute la journée cette réponse à mon message, à tourner en rond, à me sentir seule, délaissée, inexistante ou tellement si peu importante aux yeux d’autrui, que là, ce matin – la réponse est arrivée hier soir très très tard – je n’ai même plus envie de répondre. Cela me renvoie à une nouvelle que j’avais écrite : je ne me souviens plus des mots, plus du texte, mais je me souviens de ce que j’y avais narré.

C’était une jeune femme, plongée dans un bon bain chaud, qui augmentait de plus en plus le volume de sa chaîne Hi-Fi et basculait sa tête en arrière dans l’eau de son bain pour ne plus entendre la sonnette insistante à sa porte : elle avait tellement et tellement attendu ce retour, ce coup de sonnette, que – portée par son stream of consciousness elle revivait en pensées tous les états par lesquels elle était passée depuis qu’ « il » était parti, depuis qu’ « il » l’avait lâchement laissée tomber après sept années d’un amour fusionnel, passionnel, d’une complicité telle qu’elle n’en avait connue avec aucun autre homme, parti avec une « autre », une plus jeune qu’elle, n’ayant pas même eu le courage de le lui dire en face et l’en ayant informée un beau matin alors qu’elle insistait pour savoir où il était, par un sms (texto envoyé sur son téléphone portable) l’avisant qu’il était « avec une autre qu’il aimait et qu’il l’aimait elle aussi encore ». Quand elle l’avait appelé complétement abasourdie par ce qu’elle venait de lire, ne comprenant pas et ne pouvant y croire, il n’avait pas décroché, pas plus qu’il ne décrocha son téléphone pour elle pendant les semaines et les semaines qui suivirent, pas plus qu’il ne répondit aux sms qu’elle lui envoya à son tour puisqu’il ne répondait pas aux appels ni aux superbes lettres d’amour qu’elle lui posta.
S’ensuivit pour elle un état semi-comateux pendant des semaines et même des mois où elle fut incapable de faire quoi que ce soit. Elle vivait ses journées comme un zombie et ses nuits étaient peuplées de cauchemars d’outre-tombe.
Deux mois plus tard, il accepta de la recevoir chez lui un soir – son nouveau chez lui – et il lui montra la petite montagne d’enveloppes jaunes qu’il avait entassées, n’en ayant ouvert aucune, lui avouant qu’il avait eu peur que ses mots le fassent changer d’avis car même s’il était avec une autre il reconnaissait avoir encore des sentiments très forts pour elle. Il lui reprocha ses soixante-dix sms par jour qu’elle lui avait envoyés pendant des semaines (il les avait comptés !). Le repas fini, il avait fini par ouvrir devant elle chaque enveloppe et lire chacune des lettres qu’elle lui avait envoyées puis il l’avait prise dans ses bras tendrement et ils s’étaient aimés une nouvelle fois cette nuit-là, une toute dernière fois, et c’était aussi fort et jouissif qu’au premier jour. Puis elle ne l’avait plus revu et n'en avait plus eu aucunes nouvelles. 
Enfin, plus jusqu’à ce qu’elle reçoive un appel de lui pour lui annoncer que l’ « autre » l’avait quitté et qu’il avait envie de la revoir. Son cœur battait la chamade. Enfin ! Ce qu’elle avait attendu si longtemps allait arriver. Il lui avait annoncé sa venue pour quatorze heures. Elle avait largement le temps de se faire belle, de se préparer, de se pomponner. Petite robe noire sortie de l’armoire, pas trop sexy mais juste ce qu’il fallait, elle allait prendre un bon bain bien chaud pour se détendre tellement elle était dans tous ses états à l’idée de "le" retrouver. Elle mit l’eau à couler dans la baignoire, un peu de bain moussant pour l’effet bulles et senteurs exotiques, et elle se glissa dedans, ayant pris soin d’allumer la chaîne Hi-Fi et de prendre la télécommande avec elle. Et elle avait commencé à rêvasser, dans ses bulles, dans sa « bulle », puis à penser. À repenser. À revivre dans sa tête tous les moments qu’ils avaient passés ensemble, tous ces moments forts et inoubliables qu’ils avaient partagés, toutes ces années jusqu’à l’arrivée de ce sms fatidique où sa vie avait basculé d’un seul coup, tous ces moments d’errance dans les coulisses de l’enfer et du désespoir qu’elle avait traversés ensuite, n’ayant fini par en sortir qu’à l’aide de médicaments anxiolytiques pour commencer, puis de lectures et d’un travail sur elle-même l’ayant aidée à faire le deuil de cette relation, puis grâce à un retour délibéré vers son Créateur à travers la prière et la méditation, une main de Lumière et d’Amour tendue vers elle dans le noir.
Et quand le premier coup de sonnette se fit entendre, la petite fille en elle qu’elle devait protéger lui dicta ce qu’elle avait à faire. Elle monta le son de sa chaîne Hi-Fi. La sonnette se fit plus insistante. Elle augmenta encore le son de la musique. Elle entendait au loin derrière la porte la voix si familière qu’elle avait tant aimée. Elle croyait même sentir « son » odeur à laquelle elle n’avait jamais pu résister. Elle augmenta encore le son et huma les effluves de son bain moussant. La sonnette insistait. Elle plongea sa tête en arrière dans l’eau du bain pour ne plus entendre. Elle comprenait à l’instant qu’elle était guérie ! Et elle attendit ainsi pendant encore des minutes qui lui semblèrent des heures que le bruit de la sonnette cesse, que la voix qui la faisait autrefois tellement vibrer arrête d’appeler, que les pas s’éloignent dans le couloir, et que le bruit de la porte du hall de l’immeuble que l’on referme derrière soi se fasse entendre. Alors, elle pleura. Elle pleura beaucoup mais elle savait qu’elle avait pris la bonne décision.

jeudi 20 octobre 2016

Les JM


Quand j’étais enfant – j'avais douze ou treize ans – mon frère et moi voulions créer le club des « Justiciers Masqués ». Il avait un copain avec lui, Michel B., et celui-ci avait accepté que je fasse partie de ce club car il considérait que j’étais « comme un garçon » et je reçus ce compliment avec beaucoup de fierté. Nous étions donc au nombre de trois. Je ne m’en rends compte que ce matin, à l’heure où je pose ces mots sur une page Word – pourquoi cette idée m’est-elle venue ce matin ? – nous étions les 3 M. Marc, Marie et Michel.

Comme à cette époque je maîtrisais déjà parfaitement l’art du fil et de l’aiguille, je fus chargée de fabriquer les cagoules (et là j’étais fière d’avoir en plus d'être "comme un garçon", des « attributs féminins » : savoir coudre). Bout de tissu noir récupéré dans le coffre à tissus de notre mère, coffre en bois fabriqué par notre père, fil noir et aiguille soustraits discrètement de la travailleuse de notre mère, et me voici à l’ouvrage. Ce fut vite fait. Nous pûmes alors procéder à notre première réunion secrète : cagoulés, nous nous enfermâmes dans le placard de la chambre de mon frère, placard suffisamment grand pour y tenir à trois et debout. Dans ce placard, à hauteur d’homme (ou plutôt d’enfant), il y avait une étagère supérieure qui occupait toute la superficie du placard. C’est là que nous grimpâmes et, recroquevillés sur nous-mêmes, nous tînmes notre premier conseil. Écriture des statuts, serments de fidélité et de confidentialité, élaboration des cartes de membre (il nous fallait trouver une photo pour la compléter). Matricule de membre. Nous convînmes que nous pourrions accepter d’autres membres à condition de nous être assurés de leur fiabilité. Il n’y eut en fait aucun autre membre, ce club n’ayant duré que le temps d’une saison.

Notre mission était de repérer les choses louches et enquêter (influence non discutable de nos lectures du « Clan des Sept » et du « Club des Cinq » d’Enid Blyton). Lorsque nous nous rendions à l’école ou en centre-ville, nous passions par ce que les gens nommaient « le petit chemin », un chemin qui partait de la cité ouvrière où nous vivions et traversait dans sa dernière section des jardins privatifs mais non clôturés. Quelques habitations, souvent des cabanes, longeaient ce petit chemin. Nous en avions repéré une, « louche ». Un grillage en bordait l’accès, avec un vieux portillon grillagé rouillé et un gros cadenas qui en empêchait l’ouverture. L’endroit dégageait une impression étrange, une atmosphère de mystère. Un jour, nous avions vu un homme « étrange » ouvrir le cadenas et il y avait comme une bosse dans la poche arrière de son pantalon. Nous étions « sûrs » qu’il s’agissait d’une arme, et lui d’un voyou, un voleur, un contrebandier. Nous étions sur un coup. Notre mission : observer, rendre compte, décider et agir.

Nous avons observé pendant des jours et des jours, c’est-à-dire en réalité de temps à autre et les rares fois où nous avions la possibilité de passer par là car nous n’avions pas vraiment d’autorisation pour sortir, notre mère étant extrêmement stricte (je nous ai renommés, mon frère et moi « les enfants-placard » lorsque bien plus tard j’ai essayé de repenser notre enfance. Mais au moment présent, nous trouvions que tout était normal, c’est-à-dire que nous n’imaginions pas que quoi que ce soit puisse être différent). Nous rendions compte en réunions : « Rien de nouveau pour le moment ». Nous avons certainement fini par nous lasser mais nous en rêvions la nuit, et j’ai encore un souvenir très vivace de ce club auquel je suis fière d’avoir appartenu « parce que j’étais considérée comme un garçon, c’est-à-dire quelqu’un qui a de la valeur et qui compte », de ce placard, de ce petit chemin « derrière chez nous », de cette cabane derrière un grillage et un portillon grillagé, et de cet homme aperçu de dos avec un renflement dans sa poche arrière.

Quelques mois plus tard, mes parents ont fait installer des appareils de chauffage dans le salon, la cuisine et la salle de bain. Une grande nouveauté ! Des appareils de chauffage au fioul pour remplacer de vieux fourneaux à charbon (et en plus on allait avoir du chauffage la salle de bain ! Dans les chambres, jamais). Mes parents s’étaient interrogés sur ce mode de chauffage. Était-ce sain ? Était-ce si bien que ce qu’en disaient les voisins ? Était-ce économique ? Cela dit, pour mon père, plus de corvée de charbon (il fut alors de « corvée de fioul »). Mes parents achetèrent donc des appareils de chauffage au fioul chez un commerçant local de la ville que je ne nommerai pas et qui à cette époque possédait déjà une belle petite surface de vente. L’un des employés, celui sans doute qui avait vendu les appareils à mes parents, avait proposé à mon père de réaliser l’installation et de fournir les conduits de cheminée à un tarif préférentiel. Je l’ai su par la suite lorsque « l’affaire » s’est déclarée et que j’ai entendu mon père raconter cela à quelqu’un.  Un jour donc, un homme arrive pour installer le chauffage. Je me souviens de lui portant les conduits en inox sur son épaule. Il les sortait de sa petite camionnette. Toujours dans l’esprit « justicière masquée » même si le club n’était plus d’actualité, je trouve cet homme « louche ». Je l’observe. Je note à quoi il ressemble, comment il est vêtu, trouve des mégots dans le cendrier et note la marque des cigarettes qu’il fume. Mon enquête avance… sauf bien sûr que c’est juste un employé venu faire une installation chez mes parents. Mais voilà que quelques jours plus tard, j’entends mon père parler et dire qu’il s’est fait avoir, que le gars de chez L. était un voyou et volait les conduits en inox chez son patron pour les revendre à son compte aux clients ayant acheté des appareils de chauffage au magasin. Il améliorait ainsi son quotidien en se faisant payer de la main à la main. Quelles furent les conséquences pour mes parents ? Je l’ignore, mais qu’est-ce que j’étais fière de moi d’avoir tout de suite « vu » que cet homme était « louche » ! Je rigole intérieurement en écrivant. Bien entendu, je n’ai jamais eu droit à la parole pour faire savoir à mon père (dont j’aurais espéré qu’il me dise qu’il était fier de moi que j’aie tout de suite vu qu’il avait affaire à un escroc), et je ne sais même plus si mon frère s’est intéressé à l’information, notre club ayant déjà mis la clef sous la porte ; ce dont je suis sûre en tout cas est qu’il n’a pas fait passer l’information à Michel dont j’aurais aimé aussi qu’il se et me dise que, vraiment, j’étais quelqu’un de bien !